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Ces sentinelles animales qui traquent la pollution en Méditerranée

Connue pour être l’une des mers les plus polluées par les microplastiques, la Méditerranée est une moins mauvaise élève du côté de la pollution chimique, comme en attestent les campagnes régulières de mesures de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), menées avec l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.

De quoi se réjouir doublement : d’abord, cela signifie que les actions entreprises dans le passé ont porté leurs fruits, mais aussi que les écosystèmes marins sont préservés de cette pollution-là. Même si la zone côtière de certaines grandes villes comme Marseille, Toulon, Nice, Villefranche et Bonifacio doit faire face à des niveaux de contamination dépassant parfois les seuils réglementaires environnementaux.

Pour connaître le niveau des pollutions, les scientifiques réalisent des prélèvements dans l’eau et ils utilisent aussi, entre autres, des animaux sentinelles, en particulier les moules, très sensibles aux changements chimiques de l’eau.

Patelle et petite roussette

Ces mollusques bivalves ont en effet différents atouts pour être d’excellents candidats à la fonction d’organismes sentinelles. Condition indispensable, leur robustesse leur permet de survivre dans des environnements pollués. Autre atout : comme les moules sont sédentaires, les contaminants chimiques du milieu, métaux et polluants organiques persistants (POP) qu’elles concentrent dans leurs tissus en filtrant l’eau de mer sont bien représentatifs d’une localisation. En outre, cette accumulation des contaminants chimiques dans leur chair facilite les mesures par rapport à des analyses faites directement dans l’eau.

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Voir aussi :
Stéphanie Blanquet-Diot, chercheuse : « Les microplastiques modifient nos microbiotes intestinaux »

À l’Ifremer, les scientifiques s’appuient depuis plus de vingt ans sur leur étude, qu’il s’agisse de moules sauvages ou de poches ostréicoles de 2,5 kg immergées pendant deux à trois mois, dans 70 localisations du littoral français. Plus de 65 polluants sont suivis tous les trois ans.

En Corse, la patelle est aussi utilisée. Dans le golfe du Lion et en Corse, ce sont quatre espèces de poissons qui sont étudiées : le merlu européen, le rouget barbet de vase, le sébaste-chèvre et la petite roussette. Avec des campagnes de prélèvements qui se déroulent tous les cinq ans, il s’agit là non seulement de connaître la concentration en contaminants des poissons, mais aussi de mieux comprendre le transfert de ces contaminants tout au long de la chaîne alimentaire.

Quand la nature reprend ses droits

Les biologistes de l’Ifremer ont dressé, il y a deux ans, un bilan de leur programme. Grâce au suivi des espèces sentinelles, ils ont constaté que la contamination chimique en Méditerranée, côté français, était stable et que 90 % des points suivis présentaient des niveaux en dessous des seuils réglementaires environnementaux. Restent plusieurs points noirs, au niveau des eaux côtières des villes de Marseille, Toulon, Nice, Villefranche ou encore Bonifacio.

Du côté des polluants, le mercure et le PCB sont un problème majeur : plus de 65 % des roussettes pêchées au niveau des côtes et 85 % des sébastes prélevés au large présentent des niveaux de mercure supérieurs au seuil réglementaire sanitaire. Une pollution chimique moindre, donc des eaux « plus propres », pourrait autoriser la nature à reprendre ses droits. C’est ce que les spécialistes appellent la restauration passive (voir entretien ci-dessous), étape indispensable avant d’envisager des projets de restauration écologique active, qui consistent à tenter de rétablir les écosystèmes dans des zones dégradées.

Le sans-plomb, une réussite

Depuis 2000, le plomb est banni de l’essence. Sept ans auparavant, un rapport scientifique décrivait une contamination au plomb très importante du littoral de Provence-Côte d’Azur, des estuaires de la Seine et de la Loire, mettant en cause la combustion de l’essence, qui représentait alors la moitié de la contamination au plomb des fleuves français. Les scientifiques ont pu constater une diminution significative de la concentration de ce métal dans les moules sentinelles, six mois après l’interdiction du plomb dans l’essence.

Reste qu’aujourd’hui encore, à proximité de Marseille, Toulon et Nice, la concentration de plomb dans les sédiments dépasse les normes environnementales en raison de rejets non épurés ou d’incidents historiques comme le sabordage de la flotte française lors de la Seconde Guerre mondiale.

« Les ports représentent l’extrême de la dégradation »

Comment définissez-vous la restauration écologique ?

Marc Bouchoucha, Chercheur à l’Ifremer (La Seyne-sur-Mer)

Marc Bouchoucha
Chercheur à l’Ifremer (La Seyne-sur-Mer)

On restaure quand les écosystèmes sont trop abîmés pour se régénérer seuls. L’artificialisation du littoral est une transformation irréversible : même si on ne construit plus rien ou qu’on détruit, on a dépassé les seuils de résilience. La restauration écologique vise à revenir à un état d’avant la dégradation. C’est généralement utopique, alors on se fixe des objectifs réalisables. En mer Méditerranée, on voudrait retrouver un fonctionnement normal, aujourd’hui dégradé par les activités humaines, avec par exemple une biodiversité importante, des poissons qui se reproduisent bien ou encore un captage efficace du carbone.

Pourquoi la rade de Toulon est-elle un lieu d’expérimentation particulièrement intéressant ?

Les zones portuaires représentent l’extrême de la dégradation : l’habitat naturel a été totalement détruit par le creusement des fonds marins et la bétonnisation, et les pressions humaines s’y concentrent, comme la pollution chimique, le bruit ou encore la lumière. Les expérimentations dans les ports sont instructives à deux titres : premièrement, si on parvient à y mener à bien un projet de restauration écologique, cela aura un impact important dans la mesure où les ports représentent la moitié des zones artificialisées en Méditerranée et, deuxièmement, on imagine que ce sera transférable dans des zones moins impactées.

Quel projet de restauration y menez-vous actuellement ?

Depuis 2020, sur les quais de l’Ifremer de la rade de Toulon, nous avons mis en place des structures complexes qui constituent un refuge pour les petits poissons. Là, ils peuvent grandir à l’abri des prédateurs et nous espérons qu’ils rejoindront ensuite les populations adultes au large afin de renforcer leurs effectifs. Il faut savoir qu’habituellement lisses, les quais, pontons et les gros blocs de digues n’offrent pas de cachettes pour les poissons si bien qu’on dit que les ports sont des pièges écologiques. En trois ans, on a vu plus de 40 espèces s’installer dans les structures, et même une population de corbs, une espèce protégée, actuellement sous moratoire. En restauration écologique, il y a plusieurs stratégies, dont celle que je viens d’évoquer qui consiste à modifier les structures existantes. On peut aussi faire de la réintroduction d’espèces dites « ingénieurs », qui reproduisent un habitat naturel pour les autres espèces marines. C’est ce que nous avons mis en place aussi dans la rade de Toulon avec la réintroduction d’algues.

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