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Docteur Ousmane Nasr Diallo, astrophysicien : De Yopougon à la Nasa

L’Ivoirien retrace son parcours. Entre deux mondes, voyage sur le chemin de l’excellence.
Aux États-Unis, il vit comme dans deux mondes. Le premier, son quotidien, partagé entre sa vie de famille et ses rapports avec ses collègues, amis et compatriotes. Le second, l’univers du futur, lorsque les portes de son laboratoire se referment. Il explique : « Quand je suis au travail, c’est comme si je vivais deux vies. Les projets sur lesquels j’ai travaillé en 2011 ne sont même pas applicables en 2013. Ce sont des activités envisageables pour début 2030. A la Nasa, le futur ne nous arrive pas. On le construit. On le vit. On se dit voilà comment le futur doit être. Par exemple, quand je sors du bureau, je dois braver le bouchon pour aller à la maison alors que dans le monde du futur, les embouteillages n’existent pas, c’est un monde totalement amélioré ». Ingénieur chercheur, astrophysicien, le Docteur Ousmane Nasr Diallo travaille à la National aeronautics and space administration (Nasa, administration nationale de l’aéronautique et de l’espace) depuis novembre 2010, soit près de 13 années. Son quotidien à la Nasa, tout un autre monde.

« Le ciel n’est pas la limite »

Il souligne qu’il faut être excellent pour s’y retrouver. Un monde de toutes les possibilités. Le plus dur à la Nsa, selon lui, est non seulement de se maintenir, mais surtout de gravir les échelons. Il ajoute alors : « Ici, nous faisons ce dont les autres rêvent. Communément, on dit que le ciel est la limite. Nous, nous disons que c’est au ciel que tout commence ». Mais, c’est après plusieurs années que Ousmane commence à nous parler.

Ce dimanche 14 mai 2023, l’homme tient à honorer son épouse. C’est la fête des mères aux États-Unis. « Je suis au restaurant avec Madame, on pourra se parler dans environ une heure », nous dit-il. Très réservé et critique sur la presse ivoirienne en particulier, il accepte de passer à table et de nous ouvrir exclusivement les portes de son univers après une trentaine de minutes de préalables. Se souvenant comme si c’était hier, il nous entraîne dans un voyage dans le temps et dans l’espace : Yopougon, années 1990.

Tout commence dans cette commune populaire du district autonome d’Abidjan (même s’il est né à Marcory). Après ses études secondaires dans un collège de la commune, il est affecté en seconde T1 au lycée technique de Cocody. Il y décroche son baccalauréat scientifique série E. Le jeune Ousmane est orienté à l’université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, en Mathématiques-physiques-chimie-technologie (Mpct). En 1999, il est en année de maîtrise dans cette discipline. Cette même année, le pays vit un tournant politique historique, le 24 décembre, un coup d’État.

Départ pour les États-Unis

La famille Diallo décide alors de faire partir Ousmane à l’extérieur. Il s’envole pour les États-Unis en janvier 2000.

Au pays de l’oncle Sam, il prépare et décroche deux bachelors. Un en engineering mécanique et l’autre en mathématiques appliquées. Cerise sur le gâteau, il est majeur de sa promotion. Cinq écoles de renommée acceptent son dossier pour un master. Il opte pour une des prestigieuses écoles d’astronomie aux États-Unis et dans le monde, se trouvant à Atlanta, dans l’État de Géorgie (Georgia institute of technology). « Après le master, je fais un stage d’été de trois mois à General electrics au bout duquel une belle offre d’emploi m’est proposée », se souvient-il. Mais Ousmane ne veut pas s’arrêter là. Il entend poursuivre ses études.

Un arrangement est trouvé : l’alternance. Son temps est partagé entre les études et le laboratoire à qui General electrics verse 200.000 dollars (120 millions de Fcfa) par an, pour les recherches qu’il effectuait. Pendant cinq années, il prépare sa thèse de doctorat sur l’intelligence artificielle. Ousmane Diallo nous en donne une précision : « Mes recherches consistaient à prédire, avec précision, sur la base de plusieurs paramètres, la date où une turbine à gaz allait tomber en panne. C’est donc la capacité à anticiper, à prédire le futur avec les données actuelles ». Vers la fin de la préparation du diplôme, il participe à une convention. Il y présente le résultat de ses travaux.

Le déclic

A cette rencontre scientifique, participe un des directeurs de la Nasa. Très vite, son attention est captée par la méthode de l’Ivoirien. Ce responsable lui demande de venir présenter son travail à son équipe.

En 2010, Ousmane est convié à un autre rendez-vous scientifique, alors qu’il achève son doctorat. Au bout du compte, il a cinq offres d’emploi dont celle de la Nasa. « J’ai dit non à la Nasa à plusieurs reprises et chaque fois, avec la concurrence, l’institution augmentait son offre. Mes frères aux États-Unis et à Abidjan ne comprenaient pas mon attitude.

C’est une phrase de ma mère qui m’a permis de décider. Elle m’a dit : « Si tu retires le facteur salaire de tes réflexions sur le choix, va où tu penses t’épanouir, où tu trouveras le bonheur ». Quand Ousmane soutient sa thèse en octobre 2010, dès le mois suivant, en novembre, il répond favorablement à la Nasa. Il est le seul Francophone d’origine africaine. En réalité, certaines personnes, nous explique-t-on, ont travaillé en sous-traitance avec l’institution. Ce qui ne fait pas d’elles des employées à part entière de la Nasa.

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. Le poids de la diaspora

Jean Basile N’guetta, président de l’Union fraternelle des Ivoiriens de Washington Maryland Virginie. (Ph: Dr)

De passage à Washington, le ministre du Budget et du portefeuille de l’État, Moussa Sanogo, a lancé un appel à la diaspora en ces termes : « La diaspora ivoirienne ne rapporte que 165 milliards de FCfa à l’économie nationale. La diaspora sénégalaise rapporte plus de 1600 milliards de FCfa au Sénégal. Si on arrive à faire ne serait-ce que la moitié, imaginez ce que ça représente comme ressources pour l’économie ivoirienne. On s’engage dans un cercle vertueux de création de richesses par l’investissement. Et la diaspora ivoirienne est de meilleure qualité car on a des personnes bien formées, qui ont de l’expérience. Mais en matière d’organisation, on a du travail. Il faut que nos frères qui vivent ailleurs songent à aller investir car les marges en Côte d’Ivoire sont extraordinaires. Il faut venir servir le pays … ».

Les Ivoiriens vivant à l’extérieur entendent ce message. En attendant, ceux des États-Unis estiment être la diaspora ivoirienne la plus dynamique. Lucien Pouamon, chargé de communication à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Washington, se veut clair : « Ici, ceux qui viennent ont, pour la plupart, une licence. C’est une communauté intellectuelle et travailleuse ». Après 36 ans de vie aux États-Unis, il a beaucoup d’exemples sur le courage de ses compatriotes : « On ne peut pas vivre dans ce pays si on est partisan du moindre effort. Tu dois travailler dur pour t’en sortir car tu ne peux pas compter sur un quelconque système social comme ailleurs. Dans le privé, tu as droit à une semaine de congé dans l’année. Si tu travailles pour le gouvernement, c’est deux semaines. Bien de travailleurs, après le bureau, se retrouvent à faire le taxi, le temps c’est vraiment de l’argent ». Pouamon ne manque pas de citer des cas de personnes ayant jeté l’éponge face au rythme de vie.

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. …Et les autres

Gervais Gnaka Lagoké, un nom bien connu dans la presse ivoirienne des années 1990. Aujourd’hui, c’est aux États-Unis qu’il exerce. Seulement, il a quitté la presse. Gnaka est maître-assistant en histoire et en études panafricaines à Lincoln University en Pennsylvanie. C’est à ce titre qu’il a été invité, le 22 mai, par le gouvernement togolais. Dans la capitale, Lomé, il a prononcé une conférence sur l’historique du panafricanisme, lors du 9e congrès sur le sujet.

C’est en septembre 2009 que le journaliste d’alors part pour les États-Unis. Avec en poche sa licence en espagnol. Pendant une année, il fait de petits métiers. N’empêche, il s’inscrit pour une maîtrise en espagnol. Il poursuit ses études et soutient sa thèse de doctorat en études africaines, spécialisation politiques publiques et développement en Afrique, en s’inspirant de l’intégration économique sous-régionale. Aujourd’hui, il fait partie de ces Ivoiriens qui font honneur à la Côte d’Ivoire à l’extérieur. D’ailleurs, il nous confie qu’il n’écarte pas la possibilité de revenir servir son pays. Aux jeunes, il conseille : « Ils doivent poursuivre leur rêve et ne pas se laisser abattre par les difficultés. On n’a pas le choix quand on n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche ».

Lui, il est le président de l’Union fraternelle des Ivoiriens vivant dans le DMV (Washington, Maryland, Virginie. Ils sont entre 4 000 et 5 000 Ivoiriens). Jean Basile N’Guetta réside aux États-Unis depuis 20 ans. Quand il y arrivait, en tant qu’étudiant, il a enchaîné trois masters. Le premier en « Leadership education management ». Le deuxième en « Education curriculum et instruction », avec l’apprentissage de l’anglais comme seconde langue. Puis le dernier en Diplomatie, option Terrorisme international, en 2016, à l’université militaire de Norwich dans le Vermont. Actuellement, Jean Basile N’Guetta est directeur de programme d’un groupe scolaire à Washington. « Je coordonne un programme scolaire. J’ai sous ma coupole un groupe d‘enseignants qui enseignent l’anglais comme seconde langue. J’occupe cette fonction depuis environ dix ans. Mais avant, j’ai été proviseur durant quatre ans », déclare-t-il. Il ne manque pas d’ajouter : « C’est une diaspora de plus en plus intellectuelle qui arrive aux États-Unis. Il y a beaucoup de professeurs d’université et de lycée, des comptables, des spécialistes de l’informatique, même s’ils ne sont pas nombreux. On retrouve quelques avocats; c’est une communauté très active ».

Adama Koné

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