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Manick Siar-Titeca ( maison d’édition du livre audio de la zone Caraïbes) : « C’est terrible et dangereux de ne pas savoir lire… »

Manick Siar-Titeca, présidente de la maison d’édition du livre audio «Une voix une histoire

Manick Siar-Titeca est la présidente de la première maison d’édition du livre audio de la zone Caraïbes qui s’appelle «Une voix une histoire ». A l’occasion du Salon international du libre d’Abidjan (Sila) auquel elle participe depuis deux ans, nous l’avons rencontrée. Elle nous parle de cette trouvaille qui permet d’écouter le livre.

Comment est venue l’idée de créer une maison de livre audio?

Je suis psychologue de formation. Pour ce faire, je rencontre essentiellement des personnes en difficulté. C’est une histoire qui m’est arrivée avec une dame de 60 ans qui m’a fait comprendre qu’il manquait le livre en audio. Elle m’a vu un jour et m’a demandé si je pouvais lui apprendre à lire. Comme je connais la place de la société cérébrale, je me suis dit que ça allait être compliqué. Mais nous y sommes arrivées tant bien que mal, uniquement sur des formulaires à remplir dans un premier temps. Et je me dis et le livre alors? Comment on va faire car même si je lui apprends à lire, ça ne sera jamais suffisamment fluide pour qu’elle comprenne ce qu’elle lit. Elle m’avait confié que quand elle allait au restaurant, elle attendait que tout le monde commande et elle fait semblant de lire. Et, à la fin, prenait la même chose que ses copines. Je me suis dit que c’est terrible et dangereux de ne pas savoir lire, parce que finalement on devient suiveur. Elle ne peut plus avoir de pensée personnelle. Elle est obligée de penser comme les autres. Il n’y a rien de plus dangereux que quelqu’un qui suit. Et donc voilà comment est venue l’idée de mettre une voix sur des livres. J’ai privilégié une littérature qui me ressemble, la littérature noire. J’ai pensé qu’elle serait accessible aux non-voyants, aux enfants qui ont des difficultés de lecture, aux parents qui sont trop pressés pour pouvoir lire des histoires à leurs enfants ou tout simplement dans le trajet en voiture et même dans le transport en commun, on a envie d’écouter autre chose que de la musique ou la radio.

Et depuis combien d’années déjà?

La structure existe depuis deux ans. On est tout jeune et on rencontre le succès quand même. C’est notre deuxième participation au Sila. Nous nous rendons compte que ça manquait vraiment. Nous avons des auteurs qui nous ressemblent et des histoires qui nous ressemblent. Ce sont des histoires de village, des histoires de chez nous. Ce qui permet à l’enfant de se reconnaître dans son environnement et de se l’approprier. Parce que souvent, on a tendance à prendre ceux des autres et ignorer ce qui nous entoure. C’est vraiment la volonté de leur permettre de connaître leur environnement avec des auteurs qui ont vécu de bonnes histoires.

Quels sont les retours que vous avez ?

Je n’ai pas de mots, c’est juste extraordinaire. Pour les scolaires, les enfants viennent en masse. Cela montre bien que les enfants ont besoin qu’on leur raconte des histoires car les parents ne leur racontent plus d’histoires. Les adultes sont aussi curieux et ils sont contents car eux aussi n’ont plus le temps d’ouvrir un livre. Donc le succès est au rendez-vous. Déjà, l’année dernière, nous avions signé avec l’association des éditeurs de Côte d’Ivoire (Assedi) parce que le succès n’est pas seulement au niveau des auditeurs mais également des auteurs parce que nous avons des auteurs ivoiriens qui veulent qu’on mette leurs ouvrages en voix et qu’on les mette sur la plate-forme.

Comment ça fonctionne?

Nous avons un comité de lecture. Une fois qu’on reçoit le tapuscrit par mail on a un comité de lecture qui prend connaissance de l’ouvrage. On revient vers l’auteur s’il y a des corrections à faire. On ne dit pas non car on peut toujours améliorer un texte. Et une fois l’amélioration faite, on a une équipe de narrateurs et de narratrices qui mettent en voix. L’objectif in fine pour « Une voix une histoire » c’est d’avoir un studio d’enregistrement en Côte d’Ivoire, parce qu’il faut que l’argent circule dans le pays.  Lorsque je fais fonctionner un studio d’enregistrement en Côte d’Ivoire, ce sont les narrateurs ivoiriens (qui y travailleront) et cet argent qu’ils gagneront, ils iront le dépenser dans des boutiques de Côte d’Ivoire. Chez nous en Guadeloupe, on en a suffisamment. Il faut que la Côte d’Ivoire puisse s’approprier le produit.

Comment les auditeurs ont-ils accès aux brandes

En plus de la maison d’édition, on a créé une application pour maîtriser le maximum de productions. Nous sommes en discussion avec la société de téléphonie Orange ici pour qu’effectivement les Ivoiriens puissent avoir l’accès à des abonnements avec des prix d’ici. Nous voulons faire en sorte qu’une famille puisse, une fois par mois, offrir un livre à ses membres.

Quels sont vos autres projets ?

 Nous pensons à la création d’un pont littéraire entre les Caraïbes et l’Afrique pour connaître encore mieux notre histoire. Nous faisons des allers-retours pour montrer qu’on peut se retrouver sur la terre mère et faire des choses ensemble.

Quelles sont les choses que vous comptez faire par exemple ?

On travaille avec le commissaire général Anges Félix N’dakpri qui est dans la même dynamique. Aussi, après cette semaine du Sila, nous nous rendrons dans son village pour parler de jumelage. Ainsi, les enfants Ivoiriennes pourront aller en Guadeloupe et les enfants Guadeloupéens pourront venir ici découvrir les différentes cultures. Nous pensons aussi à des médiathèques pour que des professionnels du livre puissent avoir des échanges sur nos livres. Tout le monde est dans cette dynamique.

Réalisée par Solange ARALAMON Col : Elisa ACHI (Stg)

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