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Paléontologie. Il y a 7 millions d’années, Toumaï marchait bien sur ses deux pieds

Sa classification au sein des bipèdes était âprement discutée depuis deux décennies. Une équipe de recherche paléoanthropologique franco-tchadienne, impliquant le laboratoire CNRS de l’évolution de l’université de Poitiers, le département de paléontologie de l’université de N’Djamena et le Centre national de la recherche pour le développement, a publié dans la revue Nature, le 24 août, une analyse complète des restes du squelette de Sahelanthropus tchadensis (surnommé Toumaï), candidat au titre de plus ancien représentant de l’humanité. «C’est un rare exemple de partenariat Nord-Sud sur ces questions de paléoanthropologie », nous confient trois des coauteurs de l’étude (lire l’entretien). Cette recherche conforte l’idée d’une bipédie acquise très tôt dans notre histoire. Or, cette acquisition est considérée comme une étape déterminante de l’évolution humaine.

Icon Quote Toumaï ne doit pas se situer loin de notre plus vieil ancêtre. »

Michel Brunet, paléontologue de l’université de Poitiers

Depuis une vingtaine d’années, les modalités et la période d’émergence de la bipédie restaient fortement débattues en raison de l’état incomplet du fossile. Les scientifiques savaient que, même si les grands singes se suspendaient aux arbres, ils possédaient déjà une certaine aptitude à la bipédie et ce, il y a des millions d’années. Mais seule la bipédie constante demeure une spécificité humaine.

Une colonne vertébrale située sous le crâne

C’est en juillet 2001 que Michel Brunet, paléontologue de l’université de Poitiers, découvrait avec son équipe franco-tchadienne, à Toros-Ménalla, dans le désert du Djourab (Tchad), Toumaï, alias Sahelanthropus tchadensis, considéré comme le représentant de la plus vieille espèce de l’humanité âgée de 7 millions d’années.

À ce moment-là, seuls le crâne et la mâchoire inférieure sont connus et l’absence de restes osseux des membres ne permet pas de certifier que Toumaï était bipède. Même si la forme de son crâne, notamment sa base, le laisse penser, selon Michel Brunet. En effet, l’orientation et la position antérieure du trou occipital, qui suppose une colonne vertébrale située sous le crâne – et non en arrière comme chez un quadrupède –, indiquent un mode de locomotion sur deux jambes.

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« Toumaï ne doit donc pas se situer loin de notre plus vieil ancêtre », affirmait alors Michel Brunet. Mais cela ne signifie pas pour autant que le Tchad soit le berceau de l’humanité, nous précisent les auteurs de la nouvelle étude. « Et d’ailleurs, aucun pays dans le monde ne peut se targuer de l’être », ajoutent-ils.

Une quadrupédie assurée par des prises fermes

En plus du crâne et des fragments de dents et de mâchoire de Toumaï, le site de Toros-Ménalla a livré deux cubitus, des os de l’avant-bras et un morceau de fémur gauche d’un individu qui pesait entre 43 et 50 kilos. Toutefois, on ne sait pas si tous ces os appartiennent au même individu, car trois hominidés différents ont été découverts sur le même site.

La Balkanatolie, un continent qui est resté longtemps séparé de l’Asie et plus longtemps de l’Europe de l’Ouest. © Alexis Licht & Grégoire Métais
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Sciences. La Balkanatolie, le continent disparu

Les auteurs de l’étude ont soumis ces os à une batterie de mesures et d’analyses concernant à la fois leur morphologie externe et leurs structures internes. Et la structure du fémur indique que Sahelanthropus était habituellement bipède dans ses déplacements au sol, et probablement aussi dans les arbres. Il marchait bien sur ses deux pieds, mais pas exclusivement car cette bipédie coexistait avec une quadrupédie assurée par des prises fermes de la main, différentes de celle des gorilles ou des chimpanzés, qui, eux, prennent appui sur le dos de leurs phalanges.

Une évolution « buissonnante » de la lignée humaine

Toutes ces données prouvent une locomotion majoritairement bipède très précoce dans l’histoire de l’humanité, même si notre lointain ancêtre pouvait être quadrupède quand il se déplaçait dans les arbres, en saisissant leurs branches. Une découverte qui apporte des informations cruciales sur l’évolution de notre mode de déplacement très particulier. « Notre étude confirme que l’adaptation à la bipédie reste une caractéristique de notre groupe ; elle atteste également que ce mode de locomotion n’était pas exclusif, qu’il pouvait être combiné à des formes de quadrupédie, au moins dans les arbres », soulignent les trois coauteurs que nous avons interviewés.

Philippe Roy/Aurimages
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Paléontologie. Chewing-gum, tartre : des indices originaux pour voyager dans le passé

Il n’y a donc pas eu une brusque apparition d’une caractéristique définissant strictement l’humanité, mais une longue transition opérée sur des millions d’années. Une évolution « buissonnante » de la lignée humaine, bien loin de l’« image simpliste d’humains qui se succèdent, avec des capacités qui s’améliorent au fil du temps », a commenté le paléoanthropologue Antoine Balzeau, du Muséum national d’histoire naturelle.

C’est pourquoi l’équipe compte bien « poursuivre les missions de terrain afin de développer la connaissance de la variation de l’espèce S. tchadensis et aussi explorer des terrains plus anciens ou plus récents pour compléter le registre fossile humain d’Afrique centrale ».

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